Comment les journalistes devraient couvrir la fusillade mortelle d'un civil par l'ICE à Minneapolis
Un trou de balle est visible dans le pare-brise alors que les agents des forces de l'ordre travaillent sur les lieux d'une fusillade impliquant des agents des forces de l'ordre fédérales le mercredi 7 2026 janvier à Minneapolis. (Photo AP/Tom Baker)Les journalistes ont un rôle essentiel à jouer dans la couverture d’un recours mortel à la force par un agent des forces de l’ordre. C’est la forme la plus élémentaire de responsabilisation du pouvoir.
Cette responsabilité est particulièrement urgente après qu'un agent fédéral de l'immigration a abattu mercredi une femme de 37 ans à Minneapolis, un incident qui a été filmé sur plusieurs vidéos et qui a donné lieu à des récits très contradictoires de la part des responsables de l'État fédéral et des autorités locales.
Les responsables fédéraux ont déclaré que l'agent avait agi en état de légitime défense, affirmant que la femme avait armé son véhicule. Les dirigeants de l'État et locaux ont contesté avec force cette version, le maire de Minneapolis, Jacob Frey, la qualifiant de conneries, et le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, qualifiant les déclarations fédérales de propagande. Des témoins ont également présenté des récits qui soulèvent des questions quant à savoir si le recours à la force était justifié.
Les rédacteurs et les dirigeants des rédactions sont désormais confrontés à un ensemble familier mais urgent de décisions éthiques.
Les agents armés chargés de l’application des lois comptent parmi les représentants les plus puissants de la capacité d’un gouvernement à limiter les droits de ses citoyens. Et lorsqu’un policier tue quelqu’un, c’est le rôle de la presse de se demander si le recours à la force était approprié.
Voici quelques-uns des problèmes auxquels les rédacteurs sont confrontés lorsqu'ils expliquent ce qui s'est passé lors de la fusillade mortelle et qui, le cas échéant, devrait être tenu responsable de son meurtre.
Utilisation des vidéos du tournage
Les vidéos qui ont déjà fait surface constituent une documentation précieuse. Ils aident le public à voir ce qui s’est passé, y compris le moment où un agent de l’immigration et des douanes a tiré avec son arme sur le SUV de la femme. D'autres vidéos feront sûrement surface. Une fois vérifiés comme étant authentiques et non falsifiés, ils peuvent ajouter un contexte important et aider le public à mieux comprendre la séquence des événements.
Si des vidéos ou des photos montrent de près la mort de la victime, les éditeurs peuvent envisager des alternatives qui réduisent la nature graphique de l’image, comme des images fixes recadrées ou des descriptions écrites. Cependant, étant donné les questions critiques concernant l'usage gouvernemental de la force contre un civil non armé, il existe un argument convaincant en faveur de montrer au public autant de points de vue que possible sur l'incident.
Les rédactions devront peser les dommages potentiels des images graphiques par rapport à la valeur des preuves visuelles pour demander des comptes aux institutions puissantes. Un étiquetage clair et transparent et une présentation réfléchie peuvent aider le public à comprendre ce qu'il voit et pourquoi les éditeurs ont choisi de le publier.
Analyse d'experts
Chaque service de police du pays a des politiques explicites indiquant quand la force meurtrière est justifiée, ainsi qu'une formation pour soutenir ces décisions, y compris s'il faut et quand tirer sur des véhicules en mouvement. C’est le bon moment pour rechercher des experts capables d’expliquer et d’examiner ces politiques, d’évaluer si elles ont été suivies et de les partager avec le public.
Éduquer la population sur les politiques locales en matière de recours à la force est une forme de journalisme responsable. Cela aide les gens à comprendre les normes professionnelles attendues de leurs policiers locaux. Et cela permet au public de comparer les normes locales aux politiques fédérales.
On ne sait pas immédiatement combien de formations les agents de l’ICE reçoivent sur l’usage de la force meurtrière ni quelles politiques spécifiques régissent leurs actions. Il est raisonnable que ces informations fassent partie du domaine public, même s’il est probable que l’administration se battra pour limiter l’examen public des politiques de l’ICE. En faisant ressortir ces politiques et pratiques de formation antérieures, les journalistes aideront les gens à tirer leurs propres conclusions quant à savoir si l'ICE agit de manière responsable et dans le respect des normes professionnelles acceptées.
Identifier l'officier
Il est courant que les journalistes désignent un agent des forces de l'ordre qui tue quelqu'un dans l'exercice de ses fonctions. Cela donne au public une chance de comprendre le récit complet de l'événement, y compris si l'agent a des antécédents disciplinaires, des plaintes antérieures, un casier judiciaire ou tout autre recours mortel à la force.
Étant donné que les responsables de l’ICE cachent régulièrement leur identité, il est probable que l’agence tentera de cacher le nom de l’agent. Les responsables peuvent même suggérer que le fait de nommer l'agent mettrait en danger celui-ci ou constituerait une atteinte illégale à la vie privée. Les éditeurs devraient se battre pour exercer leur droit du premier amendement de publier le nom de l’officier (en supposant qu’ils l’aient vérifié) au nom de l’intérêt public.
Couvrir les manifestations
La presse joue un rôle important dans la narration des manifestations. Les journalistes ont la responsabilité de documenter la manière dont les forces de l'ordre réagissent aux personnes exprimant leur colère contre leur gouvernement, en particulier lorsque cette colère découle d'un recours mortel à la force.
Cela dit, ignorer les manifestants pacifiques et se concentrer uniquement sur ceux qui vandalisent les biens ou incitent à la violence déforme la vérité. Ce type de présentation peut involontairement renforcer les récits officiels et obscurcir les raisons pour lesquelles les gens sont dans la rue. Les rédactions font de leur mieux lorsqu’elles disposent d’une stratégie leur permettant de raconter toute l’histoire des manifestations et pas seulement les événements les plus dramatiques.
Ce ne sont là que quelques-unes des questions éthiques qui surgiront au fur et à mesure du déroulement de l’histoire. Les bons journalistes seront accusés de partialité et de comportement irresponsable simplement pour avoir fait ce travail. La presse doit tenir bon. Il ne s’agit pas ici de politique ou de points de vue. Il s’agit de tenir les puissants pour responsables de leurs actes.




































